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Dimanche 12 mars 2006

Le silence du Rossignol de Lian Hearn

Premier tome du clan des Otori 

 

 Résumé :  (Rabat) 

     Au XIVe siècle, dans un Japon médiéval mythique, le jeune Takeo grandit au sein d'une communauté paisible qui condamne la violence. Mais celle-ci est massacrée par les hommes d'Iida, chef du clan des Tohan. Takéo sauvé par sire Shigeru, du clan des Otori, se trouve plongé au coeur de luttes sanglantes entre les seigneurs de la guerre. Il doit suivre son destin. Mais qui est-il ? Paysan, seigneur ou assassin ? D'où tient-il ses dons prodigieux ? Lorsqu'il rencontre la belle Kaede, un amour fou naît entre les deux jeunes gens : devra-t-il choisir entre cet amour, sa dévotion à Sire Shigeru et son désir de vengeance ? Sa quête le mènera jusqu'à la forteresse d'Inuyama, lorsqu'il marchera sur le "parquet du rossignol". Cette nuit-là le rossignol chantera-t-il ?

Commentaire :

      Aux premières pages du Silence du rossignol, quand survient la Tribu, il n'est pas facile de comprendre du premier coup de quoi il en retourne... Mais il ne faut pas se décourager, en une dizaine de pages, tout s'éclaire ! Et alors là... oh ! Magie ! C'est vraiment un très bon livre ! Il nous tient en haleine... Une histoire entrainante des personnages attachants ! Prometteur pour les deux tomes suivants.

Extraits :

Les premières lignes du roman :

"Ma mère menaçait souvent de me découper en huit morceaux si jamais je renversais le seau d'eau ou faisais semblant de ne pas l'entendre crier de rentrer à la maison, quand le crépuscule s'assombrissait et que le chant des cigales devenait assourdissant. J'entendais sa voix enrouée de colère résonner à travers le vallée solitaire : "Où est passé ce maudit gamin ? Je le mettrai en pièces quand il reviendra". Je revenais tout crotté d'avoir descendu en glissant la colline, couvert de bleus à force de m'être bagarré, ou même un jour la tête ensanglantée après avoir été blessé par une pierre - j'ai encore la cicatrice, comme un ongle de pouce argenté -, mais rien ne m'attendait sinon le feu dans la cheminée, la soupe odorante et les bras de ma mère qui s'efforçait non pas de me mettre en pièces mais de me faire tenir en place afin de me nettoyer mon visage ou de lisser mes cheveux tandis que je me tortillais comme un lézard pour lui échapper. Sa dure vie de labeur interminable l'avait rendue forte, et elle n'était pas vieille puisqu'elle m'avait mis au monde à moins de dix-sept ans. Quand elle me portait, je voyais que nous avions la même couleur de peau, bien que nous ne nous ressemblions guère pour le reste. Son visage était large et placide alors que je savais par ce qu'on m'avait dit - car nous n'avions pas de miroirs, dans ce village de Mino perdu dans la montagne - que mes traits étaient plus fins, comme ceux d'un faucon. Habituellement, notre lutte se terminait par sa victoire, dont le prix était de pouvoir me serrer sur son coeur sans que je parvienne à me dérober. Elle me murmurait alors à l'oreille la formule de bénédiction des Invisibles, tandis que mon beau-père marmonnait sans conviction qu'elle me gâtait trop, et que les petites filles, mes demi-soeurs, faisaient des bonds autour de nous pour obtenir leur part de caresses et de bénédiction."

Le début des aventures...

"Je n'avais pas envie de passer la nuit sur la plaine solitaire. Je tremblais à l'idée des dix milles fantômes, et des ogres et des lutins demeurant dans la forêt qui nous cernait. Le murmure d'un torrent me paraissait la voix de l'esprit des eaux, et chaque fois qu'un renard glapissait ou qu'un hibou hululait je m'éveillais, le coeur battant. A un moment, la terre elle-même se mit à trembler légèrement, faisant bruire les arbres et rouler des pierres dans le lointain. Je croyais entendre les voix des morts crier vengeance et je m'efforçai de prier, mais je ne sentis qu'un vide immense. Le dieu secret que vénèrent les Invisibles s'était évanoui en même temps que ma famille. Loin des miens, je n'avais aucun contact avec lui. A côté de moi, sire Otori dormait aussi paisiblement que s'il était dans sa chambre d'auberge. Cependant je savais qu'il était conscient autant que moi, et même davantage, des exigences des morts. Je songeais avec agitation au monde où j'allais faire mon entrée - un monde dont j'ignorais tout, celui des clans régis par des règles sévères et des codes impitoyables. J'y pénétrais par le simple caprice de ce seigneur dont le sabre avait décapité un homme sous mes yeux et dont j'étais pour ainsi dire la propriété. Je frissonai dans l'air moite de la nuit."

L'autre héroine Kaede :

"Les bambous se teintaient de blanc et les érables avaient revêtu leurs robes de brocart. Junko apporta à Kaede de vieux vêtements de dame Noguchi, dont elle défit avec soin les couture pour les recoudre en tournant vers l'intérieur les parties fanées du tissu. Les jours étaient de plus en plus froids, et Kaede remerciait le sort de n'avoir plus à parcourir en tous sens les cours et les escaliers du château pendant qu'il neigeait sur la neige gelée. Ses tâches étaient moins astreignantes désormais : elle passait ses journée avec les femmes de la maison Noguchi, occupe à divers travaux d'aiguille, à écouter des histoires et composer des poèmes, à apprendre à tracer les caractères d'écriture des femmes. Mais elle était loin d'être heureuse. Dame Noguchi trouvait à redire à toute sa personne. Elle avait une aversion pour les gauchères et ne cessait de comparer à son désavantage son aspect avec celui de ses propres filles, en déplorant sa haute taille et sa maigreur. Elle se déclarait choquée par les carences de l'éducation de Kaede dans presque tous les domaines, sans qu'il lui vînt à l'idée qu'elle-même pouvait en être responsable."

Site officiel 

Par Caro - Publié dans : Livres
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